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Amicalement, Sylvain Greco
Jeudi 31 mars 2005 4 31 /03 /Mars /2005 00:00

    Mes yeux se sont fermés un soir d'hiver, alors que le vent hurlait dans la nuit glaciale. Mes dernières pensées furent pour mes amis, et aussi pour mes espoirs, qui ne se réaliseraient jamais. Mon ultime rêve me semble éternel, car il n'a pas de logique, et aucune fin ne me paraît envisageable. Alors ma raison est secouée, humiliée, violée, et finira par être terrassée. Voici le commencement de mon voyage au pays de la déraison et du mal-être infini. Lorsque les ténèbres vous appellent, ils invoquent un messager : pour moi, les flammes vomirent un sinistre étalon...

    Le destrier me flaira, et je fus aussitôt aspiré dans une noirceur absolue. J'étais enveloppé dans une chrysalide de hurlements mêlant douleur, tourment, et folie. C'est alors que mon corps heurta un sol mou, flasque... Charnel... Je ne voyais rien. Je restais immobile, couvrant mon visage de mes mains, et alors une voix d'une profonde tristesse me susurra à l'oreille :

"Viens à nous, ressens notre peine..."

    Je libérais mon visage de ma protection, clignais des yeux, et un faciès torturé jaillit de la noirceur, me regardant ou regardant à travers moi, je ne saurais le dire, se tordant et tournoyant autour de moi, psalmodiant des complaintes frénétiques me poussant à "les" rejoindre. Je me levais d'un bond et fuyais ce masque inspirant la folie, courant dans le vide, et je chutais, chutais, jusqu'à ce que ma vision tournoie et que je m'évanouisse.

    La tête lourde, je me réveillais et mes yeux découvrirent que j'avais quitté la noirceur. Je me trouvais à la lisière d'une sinistre forêt aux troncs morts et grisâtres et d'elle, tel une coulée de pus, coulait un sentier sinueux et boueux. Au bout de celui-ci se dressait un imposant manoir, lugubre, abandonné, au porche éclairé par l'agonisante lueur de lampadaire. Alors que je m'apprêtais à me diriger vers la bâtisse, un hurlement tétanisant, dépourvu de toute humanité, imposant dans mon encéphale des images de tortures ignobles et de visages déchirés par le Mal. Un hurlement infernal qui provenait de la demeure devant laquelle je me tenais. Mon corps se figea, et pendant un instant, je crus perdre la raison. Peut-être qu'en cet instant je l'ai perdu, car une force invisible me poussa malgré tout à ouvrir les portes du manoir. Action suicidaire ? Je ne puis répondre. Seulement, une fois que les massives portes eurent grincées, m'invitant à les franchir, m'invitant à découvrir ce que personne ne devrait jamais concevoir, m'invitant à être le profanateur de lieux où règne un roi maléfique, mon corps franchit le seuil et le manoir m'engloutit.

Par Sylvain Greco - Publié dans : Première Partie : La Chute dans l'Inconcevable
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